Claude Poissant
Directeur artistique

Crédit: Jean-François Brière

Le théâtre peut être bien des choses. S’il influe sur les arts de la scène depuis l’Antiquité, les autres formes d’arts scéniques l’ont démasqué depuis. Mais quelle que soit sa composition, le théâtre désigne toujours un lieu où se déploie quelque chose d’important. S’il peut s’apparenter aux coutumes, s’il est rite ou cérémonial, s’il est prévu pour réinventer le même univers irréel à toutes les représentations, le théâtre n’en reste pas moins imprévisible. C’est son caractère humain, mouvant, éphémère et libre qui l’empêche de devenir une habitude, qui réfute l’indifférence, qui appelle au recueillement comme au manifeste, le temps de saisir le geste qui fait basculer nos vies, d’attraper la phrase qui nous sera fatale et qui nous rappellera pourquoi nous sommes là, dans cet espace. Toute personne qui va au théâtre ne pourra être détachée de ce qu’elle voit, ressent. S’y rendre, en faire, partager l’expérience scène-salle avec d’autres, est en soi un acte social et politique.

Cet automne sera bien sûr très différent mais, comme toujours, sans compromis sur la qualité et l’essence des pièces qui vous seront présentées. Des variations sur l’amour « à distance » jusqu’aux valeurs humaines de justice et de liberté, voici les œuvres qui vous seront proposées.

La Salle Fred-Barry poursuit sa route des pratiques diversifiées . En ouverture, le Théâtre de l’Opsis débute l’an deux du Cycle des Territoires féminins avec THAT MOMENT – LE PAYS DES CONS, l’œuvre forte d’une autrice moldave dans une mise en scène de Luce Pelletier et des chorégraphies de Sylvain Émard. Théâtre politique, entre récit réaliste et conte, cette création cinglante dépeint les tourments d’une société où tout se vend et tout s’achète.

Adaptée pour faire vibrer la grande scène du TDP, JE CHERCHE UNE MAISON QUI VOUS RESSEMBLE qui a valu à la comédienne Catherine Allard les honneurs du Prix Françoise-Graton 2019, reprend vie, cette fois à la Salle Denise-Pelletier. Sous la plume sensible de Marie-Christine Lê-Huu et le regard vigilant de Benoît Vermeulen, le spectacle mêle poésie, documentaire, musique et théâtre pour ranimer la fièvre passionnelle de Pauline Julien qui a laissé, tout comme son grand amour Gérald Godin, un héritage marquant pour le Québec.

Et enfin, en novembre sur le grand plateau, AMOURS PROPRES, un projet né de ce temps d’arrêt, cette parenthèse obligée pour mieux voir venir la suite.  Ainsi, depuis le début du confinement jusqu’à maintenant, en tandem avec le metteur en scène Louis-Karl Tremblay, nous nous sommes réunis pour relire et trouver dans les différents répertoires classique et contemporain des scènes d’amour, de passion et de séduction afin de voir comment elles pourront vivre en cette année bouleversante. En cours de travail, certaines thématiques qui ont nourri l’actualité se sont invitées dans cette création hybride que nous avons intitulée AMOURS PROPRES.   Passion retenue ou déclaration, rêve avoué ou harcèlement, droits et injustices, voici une création scénique qui balance entre sérieux et légèreté, un rendez-vous avec des langages divers et des qu’en-dira-t-on que six interprètes jouent, bougent, transforment et rapprochent tout en restant à distance.

Sollicités comme nous le sommes par nos écrans, plus ou moins petits, par des mondes que l’on balaie à coups de majeur et d’index, existe-t-il assez de temps pour contempler ? Assez pour réfléchir ?

Soudain en cet automne 2020, puisque nous avons dû mettre notre course sur pause pour mieux regarder devant, n’y a-t-il pas là un moment pour en savoir plus sur nous-mêmes? C’est dans et autour d’un paysage qui change sans cesse que le théâtre vit. Le décrivant, le grossissant, le transformant, parfois le devançant. Nous devançant. Oui, imprévisible.

Claude Poissant,
Directeur artistique.